Beaucoup plus simple

C’était avant que je m’oublie. Forcément j’ai du mal à me souvenir de ce que je voulais dire, puisque je ne sais plus qui j’étais. C’était à un moment où j’avais décidé que ma vie désormais serait beaucoup plus simple. Que je ne chercherais plus à transformer le monde. Et pourtant j’ai mémoire d’avoir voulu le faire, justement en disant que c’était déjà fait.

Un combat à mener

Est-ce assez stupéfiant pour qu’on le préfigure ? Est-ce assez marginal, isolé, suicidaire ? Y a-t-il une armure, un combat à mener, quelques vies à ôter ? Est-on sûr d’y trouver quelques raisons de s’énerver ? Cela suffira-t-il à surmonter ce sentiment d’à quoi bon dérisoire ?

Et ces morceaux d’histoires qui ne font que passer, pourquoi ne pas s’y attarder et les développer ? Voir ce qu’ils ont à raconter ?

Tout ça n’a rien de ridicule. Même si à l’évidence c’est assez lamentable.

Pourquoi vouloir tout contrôler ? Pourquoi ne pas laisser parler les personnages dissociés ? Car chacun a sans doute sa vérité à dire. Qu’elles soient contradictoires, irrationnelles ou illogiques n’a aucune importance. L’essentiel est qu’elles puissent trouver à s’exprimer. Même si c’est pour mentir ou cracher du venin. Le but n’est pas de dire qui a raison ou tort. Il est de témoigner de la complexité de l’enchevêtrement. Non de construire un phare au loin permettant de se diriger, mais d’éclairer les zones d’ombre, en espérant ainsi résoudre les conflits et les malentendus. Le but n’est pas de sauver l’homme. Seulement de l’aider à un peu moins souffrir. Car sa souffrance me traverse et ne me laisse pas de paix.

Enfin je ne sais pas, et suis tenté de dire que je préfère l’ignorer. Tout est si compliqué que j’en suis épuisé. Je n’aime pas l’idée de faire le dégoûté, mais je dois avouer que le dégoût s’impose.

Et c’est ainsi que tout se meurt avant de commencer ? On pourrait le penser. Mais l’accepter, peut-être pas. Il ne faut pas exagérer. Il y a mieux à faire pour sauver ses artères. Par exemple des phrases un peu alambiquées où la réalité finit par s’oublier.

Moi je dis que c’est drôle. Je ne vois pas pourquoi je dirais le contraire.

Une perte de temps

Car la gloire était là, on en était certain. On n’avait pas encore compris que c’était un marché de dupes. D’ailleurs il n’y avait pas lieu de le comprendre. Ce n’était pas très raisonnable, mais c’était réaliste, cela le paraissait. La seule question qui méritait que l’on y réfléchisse était celle de la méthode. Car discuter du but était assurément une perte de temps.

Sans ironie

Non ce n’était pas la colère. Ce n’était pas non plus cet absurde dégoût. C’était plutôt la tentative sincère, désespérée, de suivre le modèle jusqu’au bout de son ambivalence, de ses contradictions. Sans ironie, sans jugement. Le jugement était là, bien sûr, mais il était conforme. Il était au service de la cause entendue, sans révolte, sans fièvre, au contraire appliqué à démontrer que la révolte était une sottise, une voie sans issue.

Au degré le plus bas

C’était peut-être chiant mais c’était le présent. Ça ne méritait pas d’être ainsi rejeté.

Le comble de la peur. L’affirmation de soi au degré le plus bas.

Et le reste en découle. Mais cela va de soi.

Je n’ai pas l’impression de dire la vérité. Je n’ai pas l’impression que ce soit important, de dire la vérité.
Je n’ai rien inventé, et pourtant j’ai caché tout ce qui existait. S’il reste quelque chose c’est nécessairement une sorte de mensonge. Mais de là à savoir que cela va durer, il ne faut pas exagérer. Il faudrait un courage que je suis loin d’avoir.