Un profond repentir

La culpabilité ne veut pas me lâcher. Je sais qu’il n’y a pas moyen de l’effacer. Et du coup rien n’y fait, je suis anesthésié. Rien ne m’est interdit, mais je n’ai pas le temps pour ces bêtises-là. Il faut d’abord que je cultive un profond repentir. Car il n’est pas question d’échapper à la punition. Des bonnes intentions ne sauraient effacer ce qui est arrivé. C’était une folie, mais il n’est pas question qu’elle soit passagère : il faut qu’elle reste là, qu’on ne l’oublie jamais. Il y a des offenses que l’on peut pardonner, mais celle-ci était trop grande en vérité. Le mal qu’elle a causé continue à sévir. Et ce n’est pas très amusant, de n’avoir plus de dents. On s’en fait mettre des fausses, mais ce n’est pas pareil. Car on n’a plus jamais sa conscience pour soi. On ne peut même plus rire de ses erreurs. Car il y a des choses qui ne font pas rire, qui sont vraiment trop graves, et vraiment trop honteuses.

C’est vraiment embêtant, tout ce ressentiment. Il n’y a pas moyen de s’en débarrasser. Même en voulant tourner la page, cela reste accroché.

Peur de bien faire

Des drames cutanés, énervements à fleur de peau, idioties domestiques… On en rirait si on pouvait, si on savait en rire. On n’a pas tellement intérêt à le dire. Et ça ne change rien au processus en cours. Hélas, en vérité. Car on rêve d’un drame assez puissant pour démembrer ce dragon endormi sur son ressentiment et sa peur de bien faire. Car enfin le courage ce n’est pas d’oublier ce que l’on a à faire sitôt qu’on imagine une difficulté.

Un peu plus présentable

Je n’ai pas de mérite, seulement des otites.
Je n’ai pas de désir, seulement des sourires.
Je n’ai pas le loisir d’explorer au-delà des limites permises.
Et pourtant le courage ne m’a jamais manqué.
Ni la folie de faire absolument n’importe quoi.
Tant qu’à ce niveau-là ça devient légendaire.
On en parle, on en rit, on en rougit de joie.
Cela ne me plaît pas, mais que pourrais-je y faire ?
Je suis bien obligé de faire comme si tout ça ne me dérangeait pas.

Et pendant ce temps-là le fil de mon histoire est encore à revoir…
Pas moyen d’en trouver une interprétation stable.
Ça bouge sans arrêt, chaque jour ça raconte le contraire de la veille.
Ça brode des miroirs, ça ouvre des tiroirs là où il n’y en a pas.
Ça oublie de réel pour pouvoir l’inventer, le rendre soi-disant un peu plus présentable.

Dans ma morosité

Je ne sais plus écrire, je ne sais plus parler. J’essaie de m’expliquer, mais je me prends les pieds dans le tapis de mes prières, prières d’insérer. Ça pourrait être drôle si je savais en rire, mais je reste coincé dans ma morosité.

Toute proche du cœur

J’exprime le besoin, le trouble extrême de la plèbe
La folle envie de dire les choses simplement
Et de ne plus pouvoir ne serait-ce que lire sans arrière-pensées
Le calme avant le vent, les amours oubliées, les regrets effacés
L’extrême volupté de la réminiscence qui ne veut pas venir
Et qui pourtant paraît toute proche du cœur
Mais il faudrait les mots, les phrases, le courage
Pas seulement l’envie de vivre le passé, mais l’envie de le dire, de le faire exister
D’une façon nouvelle, celle qui n’a jamais pu trouver à s’exprimer
Pas forcément tel que je l’imaginais, le pensais, le croyais
Plutôt de la façon dont je le savais vrai, en toute honnêteté
Même si je préférais ne pas me l’avouer.

Et remonter ainsi jusqu’aux mirages primordiaux
Quand l’imagination régnait seule dans la maison
Avant cet âge de raison qui a tant fait de mal
Et qui pourtant prétend savoir où est le vrai, être seul à le dire

Je sais bien que je mens, que je cours après l’ombre
De celui que je n’ai jamais essayé d’être
Mais quoi j’ai bien le droit de m’inventer un personnage
Qui dira à ma place ce que j’aurais dû dire
Au lieu de le penser et d’avoir honte de le faire