Disparition

Leur nuit de noces fut la dernière qu’ils passèrent ensemble. Au matin, Jean-François était seul dans le lit. Laurence était partie, ne laissant d’elle qu’une empreinte en creux sur l’oreiller, et toutes ses affaires. Confiant, il patienta jusqu’au matin suivant avant de s’inquiéter. Peut-être avait-elle eu une course importante à faire. Peut-être même une surprise à préparer pour lui. Il eut un peu de mal à trouver le sommeil, mais il en profita pour faire le ménage et réfléchir à la manière dont ils allaient pouvoir ranger tous les cadeaux qu’ils avaient reçus.
Ce ne fut donc qu’à son réveil qu’il se dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans sa disparition. Il n’était pas vraiment inquiet, mais pensa qu’il fallait peut-être qu’il le soit. C’était le genre de choses qu’il convenait de faire dans une telle situation, non ? Personne n’aurait compris qu’il ne s’inquiète pas. Il réfléchit tout en prenant son petit-déjeuner, et pour finir se résolut à appeler ses beaux-parents. Selon lui, ils étaient ceux qui avaient le plus de chances de savoir où Laurence se cachait. Et puis, au pire, en admettant que quelque chose de vraiment grave lui soit arrivé, c’était eux qu’il devait prévenir en priorité. Évidemment c’était prendre le risque de les affoler pour rien, mais que pouvait-il faire ? Prudent, il évita de préciser que vingt-quatre heures étaient déjà passées… Néanmoins il trouva leur façon de réagir plutôt désagréable : sa belle-mère, compatissante, essaya de le rassurer (ce qui suffit à l’inquiéter), et son beau-père crut spirituel d’affirmer que Laurence avait dû s’enfuir en prenant conscience de l’énorme erreur qu’elle venait de commettre ! Du coup, il eut vraiment la sensation d’avoir été abandonné. Dégoûté, il sortit faire un tour après avoir laissé un mot en évidence au cas où elle serait de retour avant lui.
Une fois dehors, il eut la sensation qu’elle n’était pas loin, qu’elle le voyait et s’amusait du tour qu’elle avait joué… Il regarda autour de lui, mais il ne la vit pas. L’idée était stupide. Elle aimait se moquer de lui, mais pas à ce point-là ! Prenant sur lui, il respira profondément, et résolut d’aller au cinéma. Au moins cela lui permettrait de ne pas s’inquiéter. Mais plusieurs fois il se retourna pour vérifier qu’elle ne le suivait pas. Au fond il espérait qu’elle allait s’installer près de lui dans le noir et lui prendre la main… Déjà il préparait un résumé pour la partie du film qu’elle aurait manquée.
Hélas elle ne vint pas. En revanche l’histoire racontée dans le film semblait avoir été conçue uniquement pour lui, convenait parfaitement à sa situation. Et la réponse qu’elle donnait à la question qu’il se posait était plutôt désespérante, même si tout était fait pour ménager son amour-propre, pour le consoler de sa perte. Il était à présent certain que Laurence avait découvert la sortie de son labyrinthe. Elle n’était pas partie, ne s’était pas enfuie : elle avait juste disparu. Et maintenant c’était à lui de réussir à la rejoindre. Mais le méritait-il ?
Il rentra chez eux abattu, conscient qu’il était inutile de faire semblant de la chercher. À quoi bon s’agiter, téléphoner partout, prévenir la police ? L’endroit où elle était ne faisait pas partie de ceux que l’on pouvait trouver ainsi. Et puis, la connaissant, il était sûr qu’elle avait librement décidé de ne plus revenir… C’était elle qui avait choisi de ne pas rester près de lui. Et au fond c’était là le plus insupportable. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas trouvé comment la retenir.
L’aurait-elle voulu, elle n’aurait pu le rassurer. L’histoire où maintenant elle était impliquée était trop différente. Elle regrettait sincèrement d’avoir dû s’en aller aussi rapidement. À l’occasion elle essaierait de rejoindre ce rêve où elle l’avait laissé… Pour le moment il était temps qu’elle retourne à son travail.
Déjà un mois que Jean-François l’avait laissée tomber sans même prendre la peine de la prévenir… Était-ce à elle de faire l’effort de lui courir après ? En passant près de son bureau elle faillit y entrer pour voir s’il n’était pas mieux disposé à son égard… Et puis, non. Mieux valait le laisser encore mariner. Le temps était de son côté. Elle n’était pas pressée.

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