Précieuse intimité

Elle apprécia le film, mais le trouva trop long. Surtout, elle fut déçue qu’il n’ait pas eu l’idée de profiter de l’obscurité pour l’embrasser ou au moins lui prendre la main. Il était énervé, avait passé son temps à faire des commentaires, et en sortant se mit à lui expliquer en détail pourquoi ce film était génial. Elle le laissa parler, poussa la complaisance jusqu’à l’encourager, si bien qu’il ne tarda pas à perdre tout à fait la tête.
Quand il se fut calmé elle demanda innocemment ce qu’il avait prévu de faire ensuite, et le vit se décomposer. Apparemment son imagination ne l’avait pas porté jusque là. “ Aucune idée, répliqua-t-il. Tu veux qu’on se promène un peu ? À quelle heure dois-tu t’en aller ?
— Je ne suis pas pressée. Mais, si tu as quelque chose à faire, je ne veux pas te retenir…
— Non, non. Je n’ai rien de prévu. On peut rester ensemble aussi longtemps que tu voudras. C’est juste que j’ignore ce qui pourrait te plaire…
— À vrai dire je n’ai pas très envie de marcher, mais pourquoi pas ? Il y a des trucs intéressants à voir dans le quartier ? Tu ne m’as pas dit que tu habitais tout près ?
— Ah ! oui. Juste à côté. Pourquoi ? Tu veux aller chez moi ? C’est vrai que tu n’y es jamais venue ! Seulement, je te préviens : il y a du désordre. Je n’avais pas prévu d’avoir de la visite !
— Non, non. Si ça t’embête, je ne tiens pas à m’imposer.
— Oh ! ça ne m’embête pas. C’est juste que… Enfin, j’aurais dû faire le ménage ! Je n’avais pas pensé que ça irait si vite !
— Si vite ? Que veux-tu dire ?
— Non, rien. Tu as raison. C’est moi qui me fais des idées.
— Mais, si tu veux rester dehors, ça ne me gêne pas ! Après tout, il fait beau. On peut profiter du soleil. C’est juste que j’aimerais mieux qu’on s’installe quelque part, et puis je boirais bien quelque chose… On peut aller dans un café, si c’est trop sale chez toi !
— Je n’ai pas dit non plus que c’était sale ! Il ne faut pas exagérer !
— C’est comme tu préfères. Je te laisse choisir. À moins que tu aies une autre idée, naturellement…
— Je veux bien t’emmener chez moi, mais à une condition.
— Ne compte pas sur moi pour faire le ménage !
— Non, non. Au contraire !
— Alors quoi ?
— C’est moi qui entre le premier, et tu me laisses le temps de ranger un peu avant de venir !
— Pourquoi ? Il y a des choses que je ne dois pas voir ? Des sous-vêtements féminins qui traînent sur le lit ?
— Voilà ! Par exemple !
— C’est vrai ?
— Non, bien sûr. Mais on ne sait jamais. Je préfère vérifier. J’ai envie que ce soit présentable !
— C’est trop d’honneur !
— Tu le mérites ! Et puis je tiens à ma réputation !
— Quelle réputation ?
— Rien. Je plaisante. Alors c’est d’accord ?
— Promis. J’attendrai sagement ton autorisation. Tu auras tout le temps de protéger ta précieuse intimité !
— Ce n’est pas la question. C’est juste que… Oh ! et puis laisse tomber. On y va ?
— Quand tu veux. Je suis déjà sous le charme.
— N’en fais pas trop non plus. Tu vas m’intimider.
— Si ça t’embête tant que ça, on peut aller ailleurs…
— Non, non. C’est décidé. Mais ne viens pas te plaindre si ça ne te plaît pas !
— Je suis sûre du contraire.
— Bon. Allons-y vite, avant que je change d’avis.
— C’est loin ?
— Non, c’est au bout de la rue.
— Si près ? Et tu n’avais même pas eu l’idée de m’inviter ? Je pourrais me vexer !
— Je n’aurais pas osé… C’est toujours délicat.
— Tu m’étonneras toujours !
— C’est bien mon intention… Du moins si ça te plaît !
— Oh ! tu sais… Moi, tout me plaît.
— Même moi ?
— Je ne sais pas… Qu’en penses-tu ?
— Je peux jouer mon joker ? ”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *