Dans un miroir

Huit jours après on aurait pu penser qu’ils allaient se marier. Ils étaient devenus inséparables. Ils passaient ensemble presque tout leur temps libre. Et pourtant elle avait eu un peu de mal à l’accrocher. Il était apparu qu’il était amoureux, mais ça l’avait rendu encore plus timide ! Qui plus est, chaque fois qu’il osait, elle le sentait s’échapper. C’était un amoureux d’un genre particulier ! Il ne la désirait que si elle parvenait à maintenir entre eux une certaine distance… Si elle cédait trop vite, il se désabusait. Elle devait résister suffisamment pour l’exciter, mais pas trop tout de même, sinon il se décourageait. Elle devait s’arranger pour lui paraître inaccessible, mais possible. Ce n’était pas vraiment difficile à comprendre, mais c’était compliqué, du moins les premiers jours.
En revanche elle commençait à le connaître mieux. Il était surprenant, mais son comportement n’était pas si incohérent qu’elle l’avait cru de prime abord. Il était semblait-il réellement innocent, mais de cette innocence il tirait une force dont il était conscient. C’était paradoxal, mais il avait trouvé ainsi une sorte d’équilibre… Cela formait une boucle, à la limite du cynisme, sans jamais y sombrer. Le plus étrange était que son innocence paraissait être inépuisable… À croire qu’il se la fabriquait ! Mais était-ce possible ?
Elle était parvenue à le faire parler, mais gardait l’impression qu’il n’était pas aussi sincère qu’il avait l’air de l’être. Sa volonté d’adaptation semblait venir du cœur, mais elle ne savait toujours pas ce qui la motivait. À croire qu’il était tout à fait dépourvu de personnalité ! Il avait adopté ses manières d’agir sans qu’elle l’ait vu venir, et la plupart du temps elle s’y laissait prendre. Il s’était même approprié sa façon de penser ! Ça lui faisait un masque derrière lequel elle le cherchait sans pouvoir le trouver… Par moments elle croyait attraper quelque chose qui était bien à lui, une tournure d’esprit qu’elle savait étrangère, mais ça s’évanouissait sitôt qu’elle essayait de le mettre en valeur. Il n’était pas fuyant, mais il semblait insaisissable. Ou plutôt pire : inexistant. Ce qui à l’évidence ne tenait pas debout.
Malgré tout il était charmant. Enfin, non. Pas vraiment. Disons : divertissant. Même si elle avait trop souvent la sensation de se retrouver prise dans un miroir, elle le trouvait intéressant. Pas toujours délicat ni attentionné, mais très affectueux. Le feu de son amour ne la réchauffait guère, mais il était splendide, s’élevait haut et clair, et il l’illuminait. Le spectacle à lui seul valait le déplacement. Sa flamme manquait peut-être de sincérité, mais méritait qu’elle l’entretienne. Et puis, elle n’était pas malade, était bien constituée, et n’avait donc aucun besoin d’un radiateur.

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